Scénario : Les Vies d’Elise

Note d'intention du scénario "Les Vies d'Elise".

Elise, une jeune fille ordinaire, comme les autres, comme des milliers d’autres : s’ennuyant au lycée, coincée entre père -mère-sœur sans intérêt et un petit-ami, Axel, qui ne l’appelle que trop rarement. Elle vivote dans l’attente de quelque chose d’autre qui pourrait arriver, à l’image des héroïnes de romans qu’elle lit avec passion ou de stars lointaines qui la bercent d’illusions. Elise qui écrit son journal comme des milliers de filles.

Jusqu’à ce jour de décembre où elle s’effondre inconsciente dans la neige et se réveille dans un monde étrange, un peu moyenâgeux, un peu gothique, un brin médiéval fantastique ! Dans une bicoque à l’écart du village vivent deux frères et une sœur, vivant incognito après avoir été éjectés de leur palais royal par l’affreux usurpateur Alexander Varius. Peu à peu, malgré la réticence de l’un des deux frères, Guisserar, Elise fait sa place au sein de ce foyer et gagne le cœur du bel Amaniu et la confiance de Berotà, sa sœur. Et tout irait fort bien si, un jour de bal, Alexander ne faisait son apparition et, à la barbe d’Amaniu, entrainait Elise dans une valse effrénée avant de l’enlever dans son château.

Mais Alexander est renversé et disparaît tandis que Guisserar retrouve son trône. Alternance de paix et de luttes. Puis Amaniu et Elise succèdent à Guisserar. Deux enfants naissent. Le temps s’écoule. Peut-être à nouveau un peu d’ennui !

Jusqu’à ce jour où, après un procès sans intérêt, la reine Elise… se retrouve la lycéenne Elise au fond d’un lit d’hôpital, mère aux abois ! Lorsqu’elle se rend compte que seulement quelques heures se sont passées depuis son évanouissement, elle n’en revient pas !

Et encore moins lorsque, sortant de son lit en catimini, elle se rend compte que Berotà gît à quelques chambres de là. Sous le nom de Bethy Miller, elle serait alitée depuis de longs mois et son hospitalisation assurée par une étrange société directement liée à Alexander Varius.

Après un étrange concours de circonstances, Elise et Alexander se retrouvent : il lui fait alors l’aveu que le Royaume dont elle était reine n’était qu’un rêve et que ce rêve, ils peuvent à nouveau le provoquer, autant de fois qu’ils le souhaitent. Et en créer d’autres bien sûr !  En compagnie de l’attachant mentor d’Alexander, Richard, ils s’offrent ainsi des dizaines de rêves… Les sentiments renaissent… La vie des rêves prend le dessus, au grand dam des parents d’Elise qui ne comprennent pas combien elle a changé.

Jusqu’à ce jour où Bethy sort du coma et révèle le secret d’Alexander : celui-ci a un frère jumeau, Joshua, lui aussi surdoué pour créer du rêve. Avec cette différence que, si Alexander ne rêve que pour son compte personnel, Joshua a désir de faire partager son don avec la terre entière, quitte à ce que le rêve devienne cauchemar. Et Bethy entend bien soutenir ce dernier dans son délirant projet. Elle rejoint Joshua et, ensemble, dans un grand élan paroxysmique, lance un rêve total à l’échelle de la ville de Prague. Ce n’est que de justesse et grâce à l’intervention d’autres Rêveurs, Oleg, Tara et Tom que la catastrophe est évitée.

Malgré toute la tendresse de son amie Ivy, arrivée tout dernièrement dans son lycée, Elise est inquiète. Elle voit Alexander perturbé. Intensément affecté par la mort de Richard et désarçonné par les projets de Bethy et de Joshua : la guerre des rêves aura lieu incessamment sous peu.

Jusqu’à ce jour où Alexander disparait ! Elise, folle d’inquiétude, arrive à retrouver sa piste au fin fond d’une forêt obscure. Sans aucun doute, c’est là que les deux frères se sont livrés un combat sans merci, mais qui en fut le vainqueur ? Elise n’en sait rien, elle a été témoin de leur confrontation mais n’a pu reconnaître le jumeau victorieux. Seuls quelques coquelicots fanés, lointains souvenirs d’un amour révolu, gisent à terre.

Alexander reste introuvable. En la personne d’un pauvre SDF, Elise retrouve Amaniu, son mari du lointain royaume. Un Amaniu, faible, désarmé, inquiet et tellement pâle à côté de la figure idéalisée d’Alexander… Elise rêve tant et plus. Cherchant une piste, un indice… En vain. Elle s’étiole.

Jusqu’à ce jour où le ciel s’obscurcit, la tempête est prête à se déchainer : contre toute attente, contre toute logique même, Alexander et Joshua ont combiné leurs forces pour créer un rêve total.

La torpeur s’abat sur le monde.

Seule Elise est capable de résister grâce à son pouvoir. Elle protège ainsi ses fidèles compagnons, Ivy et Amaniu, qui l’accompagnent à l’épicentre du rêve monstrueux qui s’impose dans tous les esprits. Malgré la force que ses amis lui donnent, Elise ploie, s’affaiblit, mais ils sont rejoints par d’autres rêveurs appelés à la rescousse dont Oleg, Tara et Tom. Les forces s’équilibrent. La confrontation finale peut avoir lieu.

Les rêveurs lâchent toutes leurs forces face aux jumeaux qui font front ensemble, deux êtres ayant fusionné leurs personnalités, enfin entiers et plus puissants que jamais. Elise, boostée par l’énergie d’Ivy et Amaniu, et le soutien de ses compagnons rêveurs, devient une déesse implacable et les met hors d’état de nuire.

En pleine puissance, elle résiste in extremis à la tentation de prendre le contrôle du rêve, sauvée par des souvenirs heureux créés par un Alexander mourant qui retrouve son individualité alors qu’il rend son dernier souffle. Grâce à son amour inconditionnel, Elise retrouve suffisamment de contrôle pour faire l’ultime sacrifice et étouffe le rêve, entraînant la perte irrémédiable de la capacité de rêver et tuant par une réaction en chaîne tous les rêveurs actuellement connectés : Bethy, Oleg, Tara, Tom, Joshua… et Alexander.

Les dormeurs s’éveillent et la vie reprend son cours malgré les dégâts considérables causés par cette catastrophe mondiale que personne n’explique. Même si la vie continue autour d’elle, Elise se condamne à mener une existence solitaire et ennuyeuse. Seule, dans la chambre du manoir d’Alexander qu’elle occupe toujours, elle termine l’écriture de ses mémoires :

Je me nommais Elise, et mon histoire se termine ici… Car quoi que je sois désormais, Elise est morte il y a déjà bien longtemps et jamais plus elle ne sera.

Mais le rêve est-il réellement perdu ? Le rêve peut-il mourir ? Et si Elise n’avait fait que rêver… ses vies ?

 

Personnages principaux

Elise Davenport (18 ans) : un peu ronde, mal dans sa peau, Elise a vécu toute sa vie dans la même petite ville de province, dans le même appartement familial où elle réside toujours. Ses parents, Marie et Jack, sont un petit couple bien rangé, aimant aller au cinéma tous les vendredis soirs et profiter des joies simples de la vie. Elle a une petite sœur de cinq ans sa cadette, Lucie.

Elise n’a jamais rien fait de remarquable, moyenne en tout, sans réelle passion, passant inaperçue la plupart du temps, l’amenant peu à peu à se renfermer dans des univers de fiction où elle peut s’inventer des histoires et être une héroïne. Depuis environ deux ans, elle s’est mise à communiquer de moins en moins, et cela a empiré cette année depuis que son petit-ami, Axel, a eu l’opportunité de partir étudier au Canada, bien loin de la jeune fille.

Les Jumeaux, Alexander et Joshua Varius (27 ans) : très tôt, Alexander et Joshua ont développé un don pour les rêves, ce qui a entraîné de nombreux incidents dans leur enfance. Lorsque les garçons avaient douze ans, leurs parents ont décidé de se séparer, inquiets des conséquences et trop en contradictions. Joshua a été élevé par sa mère tandis qu’Alexander est parti avec son père. Ils ont eu deux éducations très différentes. A 18 ans, les deux jumeaux se sont retrouvés, Alexander a tenté d’intégrer son frère dans ses affaires, mais ils n’ont jamais réussi à retrouver l’osmose, devenus trop différents, brisés. Ils souffrent tous les deux d’avoir perdu leur équilibre. Et les choses n’ont fait qu’empirer depuis que Joshua est tombé amoureux de Bethy.

Bethy Miller (25 ans) : brillante jeune femme, elle acquiert tardivement son don des rêves. Recrutée par Alexander Varius, elle a collaboré un moment avec lui, avant qu’un accident la plonge dans le coma, 18 mois avant les événements. Dans le rêve, elle est connue sous le nom de Berota.

Amani/Amaniu (20 ans) : jeune homme sans abri, il se retrouve embarqué dans le rêve de Bethy, un soir où il cherche refuge près de l’hôpital. Il devient dans ce rêve un prince charmant.

Ivy Ladouceur (18 ans) : fille d’un attaché d’ambassade, elle voyage continuellement en fonction des nominations de son père, allant d’écoles en écoles. Elle se lie rapidement d’amitié avec Elise, ayant enfin trouvé une fille aussi bizarre qu’elle. Bavarde, continuellement le sourire aux lèvres, Ivy voit toujours le bon côté en toute situation.

Richard G. Lyons (75 ans) : père de cœur d’Alexander Varius. Il a rapidement découvert le don de rêveur de son fils adoptif. Ils se sont assurés du succès de l’entreprise familiale, Lyons Corporated, aujourd’hui l’une des plus grosses sociétés sur le marché des nouvelles technologies… et du rêve commercial pour un cercle très fermé. Malade, il compte bien profiter du temps qui lui reste.

 

 

Note d’intention

Plusieurs raisons ont motivé l’écriture des Vies d’Elise :

Avant tout parce que je désirais écrire quelque chose pour une héroïne, et non un héros. Je voulais que ce soit une jeune fille qui ait le beau rôle et que les éléments masculins viennent en contrepoint de ses aventures à elle.

D’où une recherche sur une héroïne… qui n’en est pas une. Elise ressemble à ces milliers de jeunes filles qui ne se sentent accrochées par rien d’essentiel. Elise ne s’occupe pas du tout du monde extérieur : politique, évènements, réchauffement de la planète etc… elle ne se sent pas concernée. Son univers familial n’est pas non plus suffisamment attractif pour l’intéresser : au fond, peu importe le film, l’expo, voire le film où ses parents la trainent. L’amour est encore inexploré : lointain, uniquement vécu par portable interposé, il ne peut pas lui apporter une profonde raison de vivre. Quant aux études, n’en parlons pas : c’est une obligation à laquelle elle se plie puisqu’il faut bien ! Donc Elise vit, mais elle vit mal.

Ne soyons pas dupes : mon personnage, s’il n’y avait pas les livres et les échappées vers le rêve, qui lui fournissent une stabilité imaginaire fragile mais sûre, Elise donc trainerait sa vie, ferait des études sans motivation, se marierait, aurait des gosses etc… jusqu’à disparaitre sans que personne ne l’ait vraiment remarquée. Elle ne se suiciderait pas, non, ce n’est pas son genre, elle n’en aurait ni l’envie, ni la force…

Elise va donc se créer une autre vie. Dans les rêves, par les rêves. Mais qui, normalement, va l’aider à vivre, à lui donner justement cette motivation, cet élan qui lui manquent. Or, tout dégénère et Elise sera encore plus mal après le rêve qu’avant ! Le rêve l’a enfoncée un peu plus. Le mal de rêve devient le mal de vivre tout court, puisqu’à présent même le rêve lui est refusé !

C’est avant tout la psychologie d’Elise – personnage sans envergure, sans relief, qui acquiert grandeur et force avant de sombrer dans une quasi-folie peut-être totalement imaginaire – c’est ce cheminement qui fait tout l’intérêt du film.

Mais au lieu de faire un film psychologique, j’ai préféré donner une ambiance fantastique à cette évolution du personnage. En quelque sorte, mixer le mal être de mon héroïne à un space opéra, à un combat intersidéral entre des puissances contradictoires.  Faire que le rêve, servant uniquement à Elise de tremplin pour accéder enfin à un monde acceptable et intéressant, devienne une affaire d’état ! Que ce rêve implique la terre entière avec des conséquences tragiques, des morts, des traces indélébiles dans les esprits et les paysages. Personne ne sort indemne du rêve !

Quant au rêve lui-même, il n’était pas question de le traiter « philosophiquement ». Bachelard n’a pas sa place ici. Mais j’ai toujours été intéressée par ces univers – parallèles – conçus dans le rêve. Et puis cette confusion d’un rêve qui a l’air vrai avec une vérité apparemment réelle qui n’est peut-être encore qu’un rêve. Outil par excellence de cet imbroglio, le film ne peut qu’accentuer encore les ambigüités qui ponctuent le parcours d’Elise.

Je pourrais dire aussi que c’est un film sur la solitude. Sur l’absence totale de véritables liens entre les personnages. Même dans le rêve, les personnages hésitent à dire leurs sentiments, à les montrer. Ne parlons pas de la réalité !

Un film également sur le « même et l’autre », avec ces deux jumeaux qui se sont perdus puis retrouvés pour le pire. Ces deux jumeaux unis par des liens plus forts que ceux qu’ils ont tissés séparément.

Enfin, c’est un film sur le Gris : le gris de la vie quotidienne, le gris du Royaume où Elise se trouve projetée, le gris des rues de Prague, le gris des neiges sales, le gris de l’asphalte jonché de corps ensanglantés, le gris taché de rouge. Rouges comme ces coquelicots qui perdent leurs pétales au soir de leur vie.

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