Ce premier chapitre n’a aucune raison d’être, c’est un essai pour une série que je suis en train d’écrire, mais je suis au final partie dans un tout autre sens donc il ne sera jamais utilisé. Plutôt que de le laisser pourrir dans mon ordinateur, je vous le livre, avec juste un changement des prénoms pour le délier du projet final.

Elise se dépêche de monter les escaliers quatre à quatre, elle doit impérativement récupérer son sac avant que Nick ne rentre. Si elle a un autre contretemps, Alice va la tuer !

Les vieilles marches craquent sous ses baskets. Heureusement, il n’est que 17h20. Son fiancé ne termine son service qu’à 18h00 les vendredis soir. Enfin, normalement. Car, avec lui, on ne sait jamais. Il peut très bien décider de débarquer à l’improviste avec son pote, Paul. Les deux amis ne sont pas connus pour être des employés-modèles. Il faut dire que c’est difficile de se trouver une vocation de livreurs de pizzas !

Elle arrive au septième et dernier étage. Enfin, plutôt, elle s’écroule sur le palier, rouge et essoufflée, assise sur l’ultime marche, le dos appuyé contre la tapisserie démodée noircie par les nombreux passages, son sac à dos entre les jambes. Elle fait sauter le bouton de son jean slim, libérant son ventre compressé, et tente de reprendre sa respiration. Juste devant ses yeux, elle ne peut que voir la grosse déchirure du papier peint, qui laisse apparaître le plâtre poreux. Une bêtise causée par le coin de leur frigo, lors de leur emménagement, le mois dernier…

Oups, elle aurait préféré ne plus y penser !

Les minutes filent, Elise aurait dû monter sans courir, elle serait déjà à l’intérieur. Bon, c’est pas le moment de se ramollir. Elle s’accroche à la rampe et se relève difficilement. Fébrile, elle doit s’y reprendre à deux fois avant de réussir à introduire sa clé et à ouvrir la grosse porte blindée verte, un anachronisme choquant dans le couloir vieillot. Elle se glisse à l’intérieur sans refermer derrière elle. Une vague odeur de renfermé l’agresse. En un clin d’œil, profitant de la lumière du velux, elle fait le tour du studio et identifie la source : il y a encore le sac de hamburgers à emporter de la veille au soir qui trône sur la table basse/table/bureau/table de nuit du salon/cuisine/salle à manger/chambre. Elle hausse les épaules, bien plus alarmée par la mine affreuse que lui renvoie le miroir de l’entrée. Ses joues rouges ressortent telles deux énormes tomates sur sa peau diaphane, le maquillage noir qui entoure ses yeux bruns a légèrement coulé aux angles et ses cheveux coupés au carré auburn partent dans tous les sens. Cette tendance à immédiatement devenir écarlate l’agace toujours autant. Quand elle s’en plaint, Alice, sa meilleure amie, la console : « t’as tout pour toi, ma poulette, t’es magnifique ! ».

Elle tire sur son tee-shirt qui dessine les bourrelets de son ventre. Moué… Elle ne se trouve pas du tout magnifique !

Dire qu’elle se marie dans 1 semaine… Est-ce qu’elle sera rouge comme ça devant l’autel ?! Sa plus dure décision. Le « Il était temps » de sa mère s’oppose au « tu fais une connerie » d’Alice. Est-ce que 23 ans c’est trop jeune pour se marier ?! Elle porte le petit anneau argenté qu’il lui a offert l’année dernière. Impossible de repousser éternellement, non ? Elle devait accepter… Ou il aurait été dévasté. Non, elle ne pouvait pas lui faire ça. Pas après tout le travail qu’ils ont fait ensemble pour qu’il reprenne sa vie en main !

Un klaxon retentit depuis la rue. Alice ! Oups ! Elise enterre ses doutes et balance son sac à dos avec ses affaires de boulot dans un coin. Elle sort de la poche arrière de son pantalon un mot qu’elle a préparé à l’avance. Elle le pose bien en évidence sur le bar :

Alice m’a kidnappée pour un week-end entre filles.

Ne t’en fais pas, tout se passera bien ! Je t’aime !

Elle récupère son sac, au fond du placard, sous une pile de tee-shirts inutilisés. Un nouveau coup de klaxon la presse. Elise fait un dernier tour d’horizon de son nid d’amour. Bizarrement, elle a un mauvais pressentiment, comme si elle n’allait pas revenir ici avant longtemps…

Bon… Il est temps ! Elle a tout ce qu’il faut. Elle a vérifié trois fois hier soir. Elle ferme la porte avec soin et dévale les escaliers. Aucun souci dans ce sens, elle débarque rapidement dans la rue, éblouie par le lampadaire qui s’est allumé juste en dessous de chez elle. Déjà la nuit ?! Aucun doute, l’hiver est là ! Alice a garé son SUV sur le trottoir, au coin de la rue, complétement en vrac. Elise se dépêche afin qu’elle ne se chope un PV. D’origine africaine du côté de son père, Alice fait bien trente centimètres de plus qu’elle, 1m80 au moins, les cheveux noirs aussi crépus que les siens sont droits, des yeux sombres, une bouche plantureuse et des hanches larges.

  • Il t’en a fallu du temps ?!, râle Alice d’une voix chaude.
  • Désolée, j’ai failli mourir à vouloir trop me presser.
  • Hihi, quand je te dis que tu fais pas assez de sport ! Allez, on est parties !

Alice recule dans la rue, accueillie par le klaxon retentissant d’un conducteur mécontent de s’être fait couper la route. Pas le moins du monde perturbée, elle passe la marche avant et démarre en trombe.

  • Alors, comment ça va se passer ?, demande Elise.

Elle imaginait sa question avec moins d’inquiétude dans la voix. Tout en pestant contre une familiale qui n’avance pas, Alice lui répond :

  • Mais il fait quoi ce con ?! Comment ça, comment ça va se passer ? Bah on va prendre l’autoroute deux heures. Direction, un super hôtel spa-boîte de nuit dont tu me diras des nouvelles ! 48 heures à s’amuser, loin de tout, rien que toi et moi ! Lundi matin, tu seras de retour pour ton boulot.
  • Oui, c’est important…
  • T’en fais pas, je ne voudrais pas priver l’hôpital de sa meilleure infirmière !

Elise garde ses pensées pour elle… Avec son enthousiasme débordant, Alice les a déjà plus d’une fois embarquées dans des plans foireux. Il ne reste plus qu’à espérer que tout se passe bien cette fois, sans que ça ne finisse avec les flics qui débarquent car la maison n’a pas été tout à fait légalement louée ou encore sans qu’elles n’aboutissent au milieu de nulle part car elle ne sait pas rentrer une adresse dans un GPS. Tout en l’écoutant d’une oreille inattentive pester contre le trafic infernal de ce vendredi soir sur le périphérique parisien, Alice se laisse emportée par le rythme hypnotique des voitures qui avancent cul à cul. Il faut déjà espérer qu’elles réussissent à quitter la capitale…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *